Visage/Paysage

Aperçu

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INTRODUCTION

"L’élément commun entre mes films et mes tableaux c’est le conte, un univers clos qui, transformé par mon inquiétude, ne paraît pas sortir directement du réel."

De février à mai 2021, le centre d’art présente l’exposition Visage-Paysage

 

De ces grands formats, réalisés par Joël Brisse entre 2012 et 2020, il se dégage une singulière étrangeté, le trouble d’une présence – humaine animale, architecturale ou végétale – la force évocatrice des couleurs, un dessin sensuel et affirmé. Que regardent ces femmes et ces hommes ? Explorent-ils leur paysage intérieur ou sont-ils ouverts aux visages et au monde qui les entourent ?

Le peintre est également cinéaste : deux de ses films seront projetés.

 

Que les acteurs dialoguent (Jouir, Tuer, Rêver, Mentir, Bouger) ou qu'ils s’adressent à nous (Suite Parlée), c’est l’intimité qui est en jeu.  Ces courts récits crus, étonnants, ou poignants inspirés de situations réelles éveillent images et émotions cachées.

 

FOCUS

L'HOMME QUI MARCHE

Huile sur toile, 2020, 250 x 200 cm

Dès que les portes de Campredon centre d'art s'entrouvriront, « L'homme qui marche » vous accueillera dans l'exposition de Joël Brisse, vous invitant à le suivre, dès le hall franchi, et partir à la découverte de l'univers de l'artiste.

Ce tableau de grand format annonce et contient de nombreuses composantes de la palette de Joël Brisse, peintre en tout premier lieu, mais aussi écrivain et scénariste, cinéaste...

L'homme qui marche est inspiré d'une scène observée lors d'un défilé de mode, qui contenait certainement ce je-ne-sais-quoi suffisamment étrange ou curieux, pour interpeller et intéresser l'artiste.

En effet, dans les œuvres de Joël Brisse il n'y a pas de sujet prédéfini, plutôt un questionnement, une intrigue, une sensation qui sera à la base du croquis.

Spontanéité et touches picturales énergiques restitueront par la suite cet instant suspendu, tel un arrêt sur image qui donne la part belle au monde du non-visible, du hors-champ -tout comme au cinéma- laissant au regardeur, grâce à l'immobilité du tableau, la possibilité de « se raconter ce qu'il veut ».

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MARIE DANS LES ARBRES

Huile sur toile, 2013, 195 x 160 cm

Figures féminines, enfants et animaux, peuplent les œuvres de Joël Brisse. Ils apparaissent fréquemment cachés derrière un feuillage ou une table, étoffant ainsi l'intrigue présente dans ses toiles.

Hormis pour les portraits posés réalisés à l'atelier, les personnages présents dans les tableaux de Joël Brisse, sont inspirés de prises de vues photographiques dans lesquelles ils évoluent dans un autre milieu, une autre scène.

L'artiste photographie, sélectionne, puis les transpose dans son univers pictural, les intégrant à son propre paysage dans lequel ils peuvent parfois devenir, au fil du processus créatif, un autre personnage, voire même disparaître de la toile !

"Marie dans les arbres" révèle le modèle bien aimé de Joël Brisse, Marie Vermillard, sa compagne et collaboratrice. Il écrit avec et pour Marie, réalisatrice qui l'a encouragé à la réalisation de son premier film, "Les pinces à linge" en 1997. Les époux forment un duo artistique, peintre et modèle, conjuguant également, écriture, cinéma et expositions dans des projets communs.

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L'HOMME QUI COURT & LA FEMME QUI COURT

Huiles sur toile, 2020, 200 x 200 cm

Les personnages peuplant le monde de Joël Brisse, apparaissent le plus souvent immobiles, figés, renforçant ainsi la sensation, chère à l'artiste, d'un temps suspendu par la magie de la peinture.

Alors que cet homme et cette qui courent, semblent traverser le paysage, le transpercer, élancés l'un vers l'autre, une anecdote est à la base de cette impulsion simultanée.

Le tableau de "L'homme qui court" a été réalisé en premier lieu, avec un clin d’œil manifeste vers l’œuvre portant le même titre, de Kasimir Malevitch, peinte en 1930 et comptant par les toiles de référence de Joël Brisse.

Puis, sentant cet homme qui court bien seul, l'artiste a souhaité lui donner une compagnie et a donc peint "La femme qui court" tout en gardant la toile de l'homme en miroir. Mais attention, ce n'est pas n'importe quelle femme :" c'est une femme qui boxe et se défend".

Parviendront-ils à se rencontrer ?

L'homme qui court_La femme qui court

LA CHAMBRE

Huile sur toile, 2013, 162 x 130 cm

Pour la création du tableau "La chambre", Joël Brisse s'est inspiré d'une chambre à coucher familiale à la décoration inchangée depuis les années 1960, pièce dans laquelle il a inscrit, dans un second temps, le portrait posé d'une petite fille, Inès, qu'il avait peint à l'atelier.

La présence et le regard du personnage, viennent alors évoquer l'une des quête majeur de l'artiste : questionner le regard. En effet, Joël Brisse est fasciné par "ceux qui ne savent pas qu'on les regarde" : les personnages effacés ou discrets, que l'on retrouve cachés derrière une table ou un arbre dans ses tableaux, les non-voyants comme dans son premier film "Les pinces à linge" en 1997, ou encore les dormeurs. Il a d'ailleurs consacré une exposition aux "Dormeurs" en 20123, en collaboration avec Marie Vermillard.

Comme cachée derrière le lit de cette chambre à coucher vieillotte, cette jeune fille au regard perdu, sans réelle expressivité, bras ballants et immobile, dans une attitude semblable à la plupart des personnages de Joël Brisse, vient sans aucun doute, comme dans un arrêt sur image cinématographique, interpeller le regardeur et l'inviter à reconstituer une scène suspendue par le temps.

Sensation troublante et plaisir d'interprétation que l'on peut retrouver dans les tableaux d'Edouard Hopper, Andrew Wyeth ou plus près de chez nous dans les photographies de Gregory Crewdson.

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L'ARBRE ROUGE

Huile sur toile, 2019, 250 x 200 cm

Il est intéressant, comme le dit souvent Joël Brisse, de se promener dans un grand musée et de moissonner les taches de rouge.

Dans la peinture classique le rouge focalise l'attention, sacralise, dramatise. Il est une fleur, un vêtement, très souvent un vêtement, le manteau de Saint Martin, ceux des évêques, la culotte du joueur de fifre de Manet.

Il faut attendre l'atelier rouge de Matisse peint en 1911 et les prémices de l'abstraction pour qu'il devienne un fond, un champ coloré et renoue avec les fonds des icônes.

L'artiste utilise le rouge pour que son œuvre devienne autonome et soit regardée sans référence directe à la nature.

Devant son tableau "L'arbre rouge" le spectateur peut aussi se promener dans le pays imaginaire de la peinture.

L'arbre rouge - Joël Brisse